« La responsabilité sociétale de l’entreprise est d’accroître ses profits »

Milton Friedman

Milton Friedman

Voici ma traduction d’un texte important sur la responsabilité sociétale des entreprises. Il n’en existe à ma connaissance aucune autre traduction française.

Ce texte ne marque pas le début de l’utilisation de l’expression « responsabilité sociétale des entreprises » (beaucoup font remonter cela à un ouvrage de HR Bowen datant de 1953, Social Responsibilities of the Businessman), encore moins les premiers débats autour du concept de RSE, mais il symbolise bien un extrême de la pensée économique libérale. Le problème est que la vision défendue par Friedman sur ce sujet est devenue une norme, et c’est en cela qu’il est intéressant de l’examiner en détail.

J’y reviendrai dans un prochain article, pour en donner mon analyse, et essayer de voir en quoi la communication responsable peut puiser dans ce texte une justification de sa pertinence.

The Social Responsibility of Business is to Increase its Profits
The New York Times Magazine, 13 Septembre 1970.
Texte original : http://www.colorado.edu/studentgroups/libertarians/issues/friedman-soc-resp-business.html

Quand je vois l’éloquence d’hommes d’affaires qui parlent des « responsabilités sociétales de l’entreprise dans un système de libre entreprise », cela me rappelle la merveilleuse citation à propos du Français qui découvre à l’âge de 70 ans que toute sa vie il a fait de la prose. Les hommes d’affaires croient défendre la libre entreprise quand ils déclament que l’entreprise ne se préoccupe pas « simplement » du profit mais aussi de la promotion d’objectifs « sociétaux » désirables ; que l’entreprise a une « conscience sociale » et prend au sérieux ses responsabilités : assurer l’emploi, éliminer les discriminations, éviter la pollution et que sais-je d’autre parmi les mots à la mode de la cuvée actuelle de réformateurs. En fait ils prêchent – ou prêcheraient si ils se prenaient ou si qui que ce soit d’autre les prenaient au sérieux – un socialisme pur et inaltéré. Les hommes d’affaires qui parlent ainsi sont d’involontaires marionnettes des forces intellectuelles qui ont sapé les bases d’une société libre ces dernières décennies.

Les discussions sur la « responsabilité sociétale des entreprises » sont remarquables pour leur faiblesse analytique et leur manque de rigueur. Qu’est-ce que cela signifie de dire que « l’entreprise » a des responsabilités ? Seuls les hommes peuvent avoir des responsabilités. Une société est une personne artificielle et dans ce sens elle peut avoir des responsabilités artificielles, mais on ne peut pas dire « du monde de l’entreprise » dans son ensemble qu’il a des responsabilités, même dans ce sens vague. La première étape dans la clarification de l’examen de la doctrine de la responsabilité sociétale des entreprises est de demander précisément ce que cela implique pour qui.

Vraisemblablement, les individus qui doivent être responsables sont les hommes d’affaires, donc les propriétaires individuels ou les dirigeants d’entreprise. La majeure partie des discussions sur la responsabilité sociétale porte sur les grandes sociétés, donc dans ce qui suit je négligerai la plupart du temps les propriétaires individuels et parlerai des dirigeants d’entreprise.

Dans un système de libre entreprise et propriété privée, un dirigeant d’entreprise est l’employé des propriétaires de l’entreprise. Il est directement responsable devant ses employeurs. Cette responsabilité est de mener l’entreprise en accord avec leurs désirs, qui en général doivent être de gagner autant d’argent que possible tout en se conformant aux règles de base de la société, à la fois celles représentées par la loi et celles représentées par la coutume éthique. Bien sûr, dans certains cas ses employeurs peuvent avoir un objectif différent. Un groupe de personnes peut créer une entreprise dans un but charitable – par exemple, un hôpital ou une école. Le gérant d’une telle entreprise n’aura pas le profit pécuniaire comme objectif, mais de rendre certains services.

Dans chaque cas l’essentiel est que, dans sa position de dirigeant d’entreprise, le gérant est l’agent des individus qui possèdent l’entreprise ou établissent l’institution de charité, et sa responsabilité principale est envers eux.

Nul besoin de dire que cela n’implique pas qu’il soit aisé de juger de la bonne exécution de sa tâche. Mais au moins le critère de performance est simple, et les personnes entre lesquelles existe un arrangement contractuel sont clairement définies.

Bien sûr, le dirigeant d’entreprise est aussi une personne à part entière. En tant que personne, il peut avoir de nombreuses autres responsabilités qu’il reconnaît ou assume volontairement – envers sa famille, sa conscience, ses sentiments de charité, son église, ses clubs, sa ville, son pays. Il peut se sentir conduit par ces responsabilités à consacrer une partie de son salaire à des causes qu’il considère nobles, à refuser de travailler pour certaines entreprises, même à quitter son emploi, par exemple, pour rejoindre les forces armées de son pays. Si nous voulons, nous pouvons faire référence à certaines de ces responsabilités comme des « responsabilités sociétales ». Mais ainsi il agit en tant que sujet, et non en tant qu’agent ; il dépense son propre argent, son propre temps ou sa propre énergie, pas l’argent de ses employeurs, le temps ou l’énergie qu’il a consacrés à leur service. Si ce sont des « responsabilités sociétales », ce sont les responsabilités sociétales des individus, pas des entreprises.

Qu’est-ce que cela signifie de dire que le dirigeant d’entreprise a une « responsabilité sociétale » en sa capacité d’homme d’affaires ? Si cette affirmation n’est pas pure rhétorique, cela doit signifier qu’il doit agir d’une façon qui n’est pas dans l’intérêt de ses employeurs. Par exemple, qu’il s’abstienne d’augmenter le prix du produit pour contribuer à l’objectif sociétal d’empêcher l’inflation, même si une augmentation du prix serait un bien pour l’entreprise. Ou qu’il doive faire des dépenses pour réduire la pollution au-delà du montant qui est bon pour l’entreprise ou qui est imposé par la loi, pour contribuer à l’objectif sociétal d’amélioration de l’environnement. Ou que, au détriment des profits de l’entreprise, il doive embaucher des chômeurs « irréductibles » à la place de travailleurs plus qualifiés et disponibles, afin de contribuer à l’objectif sociétal de réduction de la pauvreté.

Dans chacun de ces cas, le dirigeant d’entreprise dépenserait l’argent de quelqu’un d’autre pour un objectif d’intérêt sociétal général. Dans la mesure où ses actions en accord avec sa « responsabilité sociétale » réduisent les rentrées des actionnaires, il dépense leur argent. Dans la mesure où ses actions font augmenter le prix pour le client, il dépense l’argent des clients. Dans la mesure où ses actions font baisser le salaire de certains employés, il dépense leur argent.

Les actionnaires, les clients ou les employés pourraient dépenser séparément leur propre argent sur une action particulière s’ils le souhaitaient. Le dirigeant exerce une « responsabilité sociétale », plutôt que de servir d’agent des actionnaires, des clients ou des employés, seulement s’il dépense l’argent d’une façon différente de celle qu’ils auraient choisi.

Mais s’il fait cela, il assujettit effectivement à un impôt d’un côté, et de l’autre, il décide comment l’argent de l’impôt doit être dépensé.

Ce processus fait naître des questions politiques à deux niveaux : les principes et les conséquences. Au niveau des principes politiques, l’assujettissement à un impôt et la dépense des revenus de l’impôt sont des fonctions gouvernementales. Nous avons établi des règles constitutionnelles, parlementaires et judiciaires élaborées pour contrôler ces fonctions, pour nous assurer que les impôts sont décidés autant que possible pour respecter les préférences et les désirs du public – après tout, « imposition sans représentation » était un des cris de guerre de la révolution américaine (ndt : le slogan était « pas d’imposition sans représentation »). Nous avons un système de poids et contrepoids pour séparer la fonction législative qui décide de l’assujettissement des impôts et des programmes de dépenses, par rapport à la fonction exécutive, qui collecte l’impôt et gère les programmes de dépenses, par rapport à la fonction judiciaire qui règle les conflits et interprète la loi.

Ici l’homme d’affaires – auto-sélectionné ou nommé directement ou indirectement par les actionnaires – doit être simultanément législateur, exécutif et juriste. Il doit décider qui taxer de combien et pour quel usage, et il doit dépenser les revenus – tout cela guidé uniquement par des exhortations générales venues des cieux, pour réduire l’inflation, améliorer l’environnement, combattre la pauvreté, et ainsi de suite.

La pleine justification qui permet au dirigeant d’entreprise d’être sélectionné par les actionnaires est que le dirigeant est un agent au service des intérêts de son principal. Cette justification disparaît quand le dirigeant d’entreprise impose des taxes et dépense les revenus à des buts « sociétaux ». Il devient effectivement un employé du public, un fonctionnaire, même s’il garde le nom d’employé d’entreprise privée. Sur la base du principe politique, il est intolérable que de tels fonctionnaires – dans la mesure où leurs actions au nom de la responsabilité sociétale sont réelles et pas juste des habillages – soient choisis comme ils le sont en ce moment. S’ils doivent être fonctionnaires, alors ils doivent être élus dans un processus politique. S’ils doivent imposer des taxes et faire des dépenses pour favoriser des buts « sociétaux », alors il faut mettre en place un dispositif politique pour évaluer ces taxes et pour déterminer par un processus politique les objectifs à atteindre.

C’est la raison de base pour laquelle la doctrine de « responsabilité sociétale » implique l’acceptation de la vision socialiste que des mécanismes politiques, et non des mécanismes de marché, sont la bonne façon de déterminer l’allocation des rares ressources à des usages alternatifs.

Au niveau des conséquences, le dirigeant d’entreprise peut-il en fait se décharger de ses soi-disant « responsabilités sociétales » ? D’un côté, supposez qu’il puisse s’en tirer en dépensant l’argent des actionnaires, des clients ou des employés. Comment peut-il savoir comment le dépenser ? On lui dit qu’il doit contribuer au combat contre l’inflation. Comment peut-il savoir laquelle de ses actions participera à ce but ? C’est sans doute un expert pour mener son entreprise – produire un produit, le vendre ou le financer. Mais rien dans sa sélection ne fait de lui un expert en inflation. Est-ce que s’il garde un prix bas pour son produit, cela réduira la pression de l’inflation ? Ou, en laissant plus de pouvoir d’achat entre les mains du client, simplement la déplacer ailleurs ? Ou, en le forçant à produire moins à cause du prix plus bas, est-ce que cela ne contribuera pas simplement à des pénuries ? Même s’il pouvait répondre à ces questions, de quel montant peut-il justifier l’imposition sur ses actionnaires, clients et employés pour cet objectif sociétal ? Quelle est sa part appropriée et quelle est la part appropriée des autres ?

Et qu’il le veuille ou non, peut-il s’en sortir en dépensant l’argent de ses actionnaires, clients ou employés ? Les actionnaires ne vont-ils pas le licencier ? (Soit les actuels soit ceux qui arriveront quand ses actions au nom de la responsabilité sociétale auront fait baisser les profits de l’entreprise et le cours des actions.) Ses clients et ses employés peuvent l’abandonner pour d’autres producteurs et employeurs moins scrupuleux dans l’exercice de leurs responsabilités sociétales.

Cette facette de la doctrine de la « responsabilité sociétale » est singulièrement mise en perspective quand la doctrine est utilisée pour justifier des baisses de salaires par les syndicats. Le conflit d’intérêt est clairement mis à nu lorsque l’on demande aux leaders syndicaux de subordonner l’intérêt de leurs membres pour quelque but plus général. Si les leaders syndicaux essaient de forcer des baisses de salaires, les conséquences prévisibles sont des grèves sauvages, des révoltes de la base et l’émergence de concurrents dangereux pour leurs emplois. Nous avons donc le phénomène ironique où les leaders syndicaux – du moins aux États-Unis – ont protesté contre l’interférence du Gouvernement dans le marché bien plus constamment et courageusement que les leaders d’entreprises.

La difficulté à exercer la « responsabilité sociétale » illustre, bien entendu, la grande vertu de l’entreprise privée et compétitive – elle force les gens à être responsables de leurs propres actes et rend difficile « l’exploitation » d’autres personnes que ce soit dans des buts égoïstes ou altruistes. Ils peuvent faire le bien – mais seulement à leurs propres frais.

Bien des lecteurs qui ont suivi jusque là cette argumentation peuvent être tentés de protester que tout va pour le mieux quand on parle de la responsabilité du Gouvernement de décider des impôts et de déterminer des dépenses dans de tels buts « sociétaux » que le contrôle de la pollution ou la formation des chômeurs irréductibles, mais que les problèmes sont trop urgents pour attendre le long cheminement des processus politiques, que l’exercice de la responsabilité sociétale par les hommes d’affaires est un moyen plus rapide et plus sûr de résoudre les pressants problèmes actuels.

Mis à part l’exactitude factuelle – je partage le scepticisme d’Adam Smith quant aux bénéfices que l’on peut attendre de « ceux qui élisaient de faire commerce pour le bien public » – cet argument peut être rejeté au niveau du principe. Cela revient à dire que ceux qui favorisent les impôts et les dépenses en question n’ont pas réussi à persuader la majorité de leurs compatriotes d’être du même avis et qu’ils essaient d’atteindre par des procédures non-démocratiques ce qu’ils ne peuvent pas atteindre par des procédures démocratiques. Dans une société libre, il est difficile pour les gens « mauvais » de faire « le mal », surtout que le bien pour l’un est le mal pour l’autre.

Pour simplifier, je me suis concentré sur le cas particulier du dirigeant d’entreprise, sauf lors de la brève digression sur les syndicats. Mais précisément le même argument s’applique au récent phénomène d’appel aux actionnaires pour qu’ils demandent aux entreprises d’exercer la responsabilité sociétale (la récente croisade de G.M. par exemple). La plupart du temps, ce qui est effectivement en jeu, c’est quelques actionnaires qui essaient d’entraîner d’autres actionnaires (ou clients ou employés) dans une contribution, contre leur volonté, à des causes « sociétales » prônées par les activistes. Dans la mesure où ils réussissent, ils assujettissent encore à un impôt et dépensent les revenus.

La situation du gérant majoritaire est quelque peu différente. S’il agit pour réduire les rentrées de son entreprise afin d’exercer sa « responsabilité sociétale », il dépense son propre argent, et pas celui d’un autre. S’il souhaite dépenser son argent ainsi, c’est son droit, et je ne vois aucune objection qu’il en soit ainsi. Dans ce processus, lui aussi peut imposer un coût à des employés et à des clients. Toutefois, comme il est bien moins susceptible qu’une grande société ou un syndicat d’avoir un pouvoir de monopole, de tels effets collatéraux auront tendance à ne pas être importants.

Bien entendu, en pratique la doctrine de la responsabilité sociétale est fréquemment un déguisement pour des actions qui ont une autre base de justification plutôt qu’une raison d’agir ainsi.

Pour illustrer, il est peut-être bien dans l’intérêt sur le long terme de l’entreprise qui est un grand employeur dans une petite communauté de consacrer des ressources à l’équipement de cette communauté ou à l’amélioration de son gouvernement. Cela peut faciliter l’attraction d’employés désirables, cela peut réduire la facture salariale ou réduire les pertes dues à des larcins et au sabotage, ou avoir d’autres effets valables. Ou alors il se peut que, étant donné les lois sur la déduction des contributions à des oeuvres de charité pour les entreprises, les actionnaires peuvent contribuer plus à des oeuvres de charité qu’ils apprécient en faisant faire le cadeau par l’entreprise plutôt que personnellement, puisqu’ils peuvent ainsi rendre utile une somme qui sinon aurait été payée en taxes de l’entreprise.

Dans chacun de ces cas, dont beaucoup sont similaires, il y a une forte tentation pour rationaliser ces actions comme un exercice de la « responsabilité sociétale ». Dans l’état actuel de l’opinion, avec son aversion très répandue du « capitalisme », des « profits », de « l’entreprise sans âme », etc., c’est une façon pour l’entreprise de générer du goodwill comme un sous-produit de dépenses qui sont entièrement justifiées pour son propre intérêt.

Il serait incohérent pour moi d’en appeler aux dirigeants d’entreprise de s’éloigner de ce masque hypocrite parce qu’il sape les fondations d’une société libre. Ce serait leur demander d’exercer une « responsabilité sociétale » ! Si nos institutions et les attitudes du public font qu’il est dans leur propre intérêt de draper ainsi leurs actes, je n’éprouve pas assez d’indignation pour les dénoncer. En même temps, j’exprime de l’admiration pour ces gérants majoritaires ou propriétaires d’entreprises au capital réduit, ou d’actionnaires de plus larges entités, qui dédaignent de telles tactiques comme des quasi-fraudes.

Qu’elle soit à blâmer ou pas, l’utilisation du masque de la responsabilité sociétale, et les âneries dites en son nom par des hommes d’affaires intelligents et prestigieux, font clairement du tort aux fondements d’une société libre. J’ai été impressionné à de nombreuses reprises par le caractère schizophrène de beaucoup d’hommes d’affaires. Ils sont capables d’être extrêmement clairvoyants et lucides dans des domaines internes à leur entreprise. Ils sont incroyablement myopes et confus dans des domaines qui sont externes à leur entreprise mais qui affectent la possible survie de l’entreprise en général. Un exemple frappant de cette myopie se trouve dans les appels fait par de nombreux hommes d’affaires pour des directives sur les salaires et les prix, sur des contrôles ou des régulations de revenus. Il n’y a rien qui pourrait en faire plus dans une courte période pour détruire un système de marché et le remplacer par un système centralisé et contrôlé, qu’un contrôle effectif par l’État des prix et des salaires.

Un autre exemple de cette myopie se trouve dans les discours d’hommes d’affaires à propos de la responsabilité sociétale. Cela leur apportera peut-être des félicitations à court terme, mais cela aide à renforcer l’idée déjà trop prévalente selon laquelle la poursuite de profits est mauvaise et immorale, qu’elle doit être limitée et contrôlée par des forces externes. Une fois cette idée adoptée, les forces externes qui limitent le marché ne seront pas les consciences sociétales des dirigeants pontifiants, bien qu’elles soient fort développées ; ce sera le poing de plomb des bureaucrates du Gouvernement. Ici, comme pour le contrôle des prix et des salaires, les hommes d’affaires me semblent révéler une tendance suicidaire.

Le principe politique qui sous-tend le mécanisme de marché est l’unanimité. Dans un libre marché idéal reposant sur la propriété privée, aucun individu ne peut avoir d’action coercitive sur aucun autre, toute coopération est volontaire, toutes les parties d’une telle coopération bénéficient ou alors elles n’ont pas besoin de participer. Il n’y a pas de valeurs, pas de responsabilités « sociétales » dans aucun autre sens que les valeurs partagées et les responsabilités des individus. La société est une collection d’individus et des divers groupes qu’ils forment volontairement.

La principe politique qui sous-tend le mécanisme politique est la conformité. L’individu doit servir un intérêt sociétal plus général – qu’il soit déterminé par une église, un dictateur ou une majorité. L’individu peut avoir le droit de vote et de regard sur ce qu’il faut faire, mais s’il est déjugé, il doit se conformer. Il est approprié pour certains d’imposer aux autres de contribuer à un but sociétal général, qu’ils le veuillent ou non.

Malheureusement, l’unanimité n’est pas toujours réalisable. Il y a certains domaines dans lesquels la conformité apparaît inévitable, donc je ne vois pas comment on peut éviter totalement l’utilisation du mécanisme politique.

Mais la doctrine de la « responsabilité sociétale » prise au sérieux étendrait le rayon d’action du mécanisme politique à toute activité humaine. Elle ne diffère pas dans sa philosophie de la doctrine plus explicite du collectivisme. Elle n’en diffère qu’en feignant de croire que des buts collectivistes peuvent être atteints sans moyens collectivistes. C’est pourquoi, dans mon livre Capitalisme et liberté, je l’ai qualifiée de « doctrine fondamentalement subversive » dans une société libre, et que j’ai affirmé que dans une telle société « il y a une, et une seule responsabilité sociétale de l’entreprise – d’utiliser ses ressources et de s’engager dans des activités conçues pour augmenter ses profits, tant qu’elle respecte les règles du jeu, c’est-à-dire, qu’elle s’engage dans une concurrence ouverte et libre, sans duperie ou fraude. »


Crédit photo : Gabriel M., sur Flickr, image mise à disposition sous un contrat Creative Commons by-sa.

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8 comments on “« La responsabilité sociétale de l’entreprise est d’accroître ses profits »
  1. Pingback: Droit | Pearltrees

  2. Merci infiniment pour ce travail précieux qui nous permet de disséquer une logique économique qui façonne nos vies depuis 40 ans, de façon à la fois insidieuse et illimitée, et dont les effets deviennent aujourd’hui plus insupportables que jamais..

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