Le greenwashing au coin de la rue

Un coup de gueule où il sera question d’une confiance dure à obtenir, de baguette verte et de complicité douteuse…

J’ai beaucoup de mal à croire, comme l’affirme l’ARPP dans son bilan 2010 (le dernier en date), que le greenwashing est en recul constant. Tout me démontre au quotidien qu’au contraire, le greenwashing s’est généralisé, dans des proportions jusqu’alors jamais atteintes.

Je le vois quand j’allume ma télé. Je le vois quand je vais faire mes courses (le slogan que vous avez du mal à lire est : « revenons juste à l’essentiel ». Jolies petites fleurs !). Et je le vois même quand je me rends dans la boulangerie la plus proche de chez moi.

Pourtant, je ne lui demande rien de bien spécial, à ma petite boulangerie vieillotte. Pas de « sauver la planète ». Pas de s’engager au-delà du possible. Au minimum, de proposer du pain et des viennoiseries d’une qualité décente !

J’ai pas les mots

Ce n’est pas la boulangerie elle-même qui est en cause, plutôt son fournisseur en farine. Mais résultat, les pains sont emballés dans un mignon petit sachet Copaline, d’un vert criard, avec cette promesse tout aussi criarde : « complice de la nature ».

Mes talents de photographe étant pris en défaut sur ce coup, je me dois de transcrire le texte d’accompagnement : « Ce pain est fabriqué avec une farine élaborée avec des blés issus de la filière Agri Confiance.
Agri Confiance garantit le respect de normes de maîtrise de la qualité et de l’environnement, et contribue à la traçabilité du produit. Cette démarche de progrès développée par les hommes et les femmes des Coopératives de France est contrôlée par des organismes de certification indépendants. »

Texte subtil au possible. Tous les mots clés y sont : « confiance », « garantit », « respect », « environnement », « traçabilité », « progrès », « organismes de certification indépendants ». Rien n’est strictement faux : on parle du « respect de normes », mais on ne peut pas dire qu’elles sont exigeantes ; le label ne garantit pas la traçabilité (bien piètre promesse au demeurant) mais y « contribue » ; parler de « démarche de progrès » n’exclut pas que l’on parte de très loin et que l’on n’ait pas beaucoup avancé…

Car ce label Agri Confiance en question me semble manquer du sérieux le plus élémentaire. Il se revendique de l’agriculture écologiquement intensive, concept fumeux ne visant qu’à préserver le modèle productiviste. La visite de son site web ne me rassure pas. À l’origine d’Agri Confiance, on retrouve l’agro-industrie, par ses grosses coopératives (qui n’ont rien à voir avec l’économie sociale et solidaire) et par les entreprises qui utilisent sa production : Yoplait, Candia, Montfort, Delpeyrat, Jacquet, Florette, Béghin Say, Findus, etc.. De la bouffe pas horrible, mais triste et standardisée.

Un article pioché au hasard nous apprendra aussi que ce label s’auto-décerne la distinction commerce équitable, au prix d’un raccourci grossier… et qu’il ne certifie pas le produit, mais uniquement la filière, ce qui n’est pas une petite faille. J’arrête là l’énoncé des incongruités de ce mouvement dont le nom même est mal vu. La confiance ne se décrète pas, elle se prouve.

Beurk, quand même

Pour revenir au slogan, « complice de la nature », je le trouve atterrant de bêtise et de prétention mal placée. Venant d’une agriculture industrielle, qui depuis des années n’a plus que la rentabilité et la puissance comme horizons, il fallait vraiment oser.

Et le pain de cette fameuse boulangerie, me demanderez-vous, fabriqué avec LA farine complice de la nature ? Industriel et standardisé, sans consistance et sans goût, sans identité et sans relief. En un mot, dégueulasse.

 

Crédit photo : Daquella manera, sur Flickr, image mise à disposition sous un contrat Creative Commons by.

Partagez ce contenu !Email this to someone
email
Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on Facebook
Facebook
Share on LinkedIn
Linkedin
4 comments on “Le greenwashing au coin de la rue
  1. Bah, tu nous donne pas l’adresse de ta boulangerie, qu’on y aille pas?!
    Super U explique que ce « label » est une solution entre l’agriculture traditionnelle et l’agriculture biologique. Bien joli tour de passe passe pour utiliser le terme « traditionnelle » à la place « d’industrielle »!
    Vivement l’analyse de l’OIP sur la pub de Super U et Agriconfiance ! http://observatoiredelapublicite.fr/2011/11/15/systeme-u-agriconfiance/

    • Tu as remarqué cette délicate attention ? Je ne veux pas lui pourrir sa boutique, quand même… Elle a pris pour les autres : à moins de 500m de chez moi, j’ai 4 boulangeries, toutes du même tonneau. J’ai quand même pris quelques semaines pour tout goûter, méthodiquement et rigoureusement (burps).

      Effectivement, U est très fan d’Agri Confiance ! Rien d’étonnant. Un petit label facile à avoir, fait sur mesure par et pour l’agro-business, on aurait tort de s’en priver.

      L’OIP ne peut pas laisser passer ça 😉

    • Merci, Raoul !

      Petite note : étymologiquement, greenwashing n’est pas un dérivé de washing. C’est la contraction de green et de whitewashing. Et à l’origine, whitewashing était le fait de badigeonner à la chaux des murs « usagés ». Un coup de chaux, et hop ! Le mur tout pourri devient comme neuf. Quand on parle greenwashing, il est bon de se demander si le mur est pourri… ou pas.

      Tout cela pour dire que ce terme me plaît en anglais ! Écoblanchiment est beaucoup plus plat. J’ai lu sur le site de France Inter « écotourloupe », pas mal…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.