Pourquoi je ne tweete pas

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Selon bien des analyses, la tendance actuelle du web, voire son futur, se situe dans le temps réel. Au cœur de cette tendance, Twitter. Pour que tout soit clair, cette position ne concerne que mon utilisation personnelle de Twitter. Pour un usage professionnel, qui sait… selon la circonstance, dans une stratégie bien définie, pour générer du trafic sur tel ou tel contenu, ou pour avoir du feedback…

Le jour où Twitter permettra des messages en 14 000 signes…

Je trouve un inconvénient majeur à Twitter : la taille des messages. Si la très courte introduction de cet article avait été sur Twitter, elle aurait déjà explosé le compteur. Et pourtant, j’ai à peine effleuré le sujet. Vous allez me dire que je suis incapable de synthétiser mes idées, d’exprimer en peu de mots mes pensées ? Deux choses à répliquer à cela : d’abord, j’ai été journaliste, métier où faire court est un impératif vital (donc je sais le faire !) ; et si pour le quotidien et le peu profond, Twitter est parfait, eh bien je respecte suffisamment mes interlocuteurs pour m’efforcer de ne leur transmettre que du contenu digne d’intérêt. Sans compter qu’en 140 caractères, on est obligés d’utiliser à profusion raccourcis, imprécisions, jugements à l’emporte-pièce, vérités toutes faites, et ce n’est pas ma vision de la communication.

La question de la viabilité

Vous vous souvenez de Second Life ? Il y a quelques années de cela, ce devait être la révolution du web, tout le monde allait y être, c’était l’avenir. C’était tout nouveau, tout beau, rempli de coolitude, on a découvert, et après ? Le soufflé est retombé… Je ne vois pas pourquoi il devrait en être autrement pour Twitter et toute la tendance du temps réel. Utile ? Parfois. Indispensable au point d’éclipser tout le reste ? Jamais. Je ne vois pas Twitter disparaître complètement, mais devenir ce qu’il aurait toujours dû être : un service périphérique, parmi tant d’autres. D’ailleurs, il semblerait que l’effet de Twitter sur le web ne soit pas si terrible que cela…

Politique, vous avez dit politique ?

Mais je vous entends maintenant me dire que je suis un anti-Twitter, que je refuse la modernité, que je suis un élitiste. Si, si, je l’entends. Et je vous vois venir ! Vous vous trompez, je n’ai rien contre Twitter, je n’ai rien contre le quotidien, je suis dans une démarche militante. Internet n’en est encore qu’à ses balbutiements, bien malin qui saurait dire de quoi son avenir sera fait. Mais probablement pas de quelque chose d’aussi futile que le temps réel. Pour poursuivre dans la lignée de ma contribution au livre blanc TIC chti, il me semble que l’avenir d’Internet n’est pas qu’un sujet technologique, mais qu’il comporte des enjeux politiques (au sens de la chose publique) et démocratiques. Quand je vois un ancien responsable de la campagne web de Nicolas Sarkozy à la présidentielle 2007 se jeter à corps perdu dans le temps réel, j’en déduis que ce n’est pas le fruit du hasard. Il y a bien un projet politique, une vision du web où l’on cherche à favoriser à la fois le futile, l’influence genre cour d’école (je suis trop fort, regardez combien de gens me suivent !), la ségrégation de toute une partie de la population (Twitter, le médias des bobos, son langage volontairement crypté), le temps rapide de la consommation et du jetable, où l’on buzze beaucoup mais où l’on pense peu. Bref, faire d’Internet une réplique du monde réel, « moderne » et peu réfléchi. Pas sûr que cela soit la meilleure utilisation que l’on puisse en faire.

Twitter, c’est le « real time », l’immédiateté. Ce temps court n’est pas celui que je trouve important. Je préfère le temps long, celui des projets que l’on mène, lentement, pendant des semaines, des mois ; celui de la réflexion et de l’exigence de résultat, celui du travail méthodique, celui des avancées à petits pas. C’est moins glamour que de dire « je suis connecté 24h/24 avec ma communauté en temps réel » mais, j’en suis persuadé, c’est plus efficace. Et ça, je n’aurais pas pu le dire en 140 signes.

Crédit photo : WiLLGT09, sur Flickr, image mise à disposition sous une licence Creative Commons by-sa.

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8 comments on “Pourquoi je ne tweete pas
  1. Le probleme de secondlife c’est sa gestion desastreuse, pas son « inutilité ».
    Et le probleme de votre article est qu’il y a beaucoup trop de signes et pas assez d’idée. J’aurai apprecié un resumé en 140 caractères parce que je ne vois pas ou vous voulez en venir.

    • OK, il y toujours plusieurs raisons pour la désaffection d’un service comme Second Life. Mais l’effet de mode joue de plus en plus sur Internet, et je le regrette ! Un site « hype » chasse l’autre.

      140 caractères (hehehe, bonne blague, j’étais sûr que quelqu’un la ferait 😉 ) ? Allez, encore plus court : Twitter c le realtime, futile et décérébrant. Moi c le temps long. Donc je ne tweete pas.

      Ça fait 89 signes. Mais une fois que j’ai dit ça, je n’ai rien dit.

  2. 89 signes et vous avez exprimé une idée/un avis. Ensuite libre a vous de faire un roman dessus. C’est pour cette raison que les twit sont souvant suivis de liens vers un article de blog « dans le cas ou on voudrai en savoir plus ».

    Mis a part ca, je ne twitte pas non plus, par contre je « folllow » beaucoup.
    Oui, c’est realtime et futile … Mais decerebrant uniquement si on n’arrive pas a trier le signal du bruit.

    • Exactement, en 89 signes ce n’est qu’un avis. Et son contenu est très très faible ! Entre les deux, je préfère mille fois lire un article bien écrit – et je ne sais pas si le mien l’était ! – qu’une phrase un peu péremptoire et sans fond. Je n’ai pas l’impression d’avoir écrit un roman (en deux minutes grand maximum, c’est lu).

      En faisant cet article, je voulais aussi comprendre un peu plus les usages possibles de Twitter. Le vôtre, je ne le connaissais pas ! Merci !

      Et j’aime beaucoup l’image signal/bruit. Twitter, c’est beaucoup de bruit…

  3. Pingback: uberVU - social comments

    • Donc apparemment cet article a suscité quelques réactions sur Twitter (rien que de très normal, et je remercie Eric Delcroix pour y avoir apporté le débat). Je retranscris, et je réponds :

      – « Condamner les outils plutôt que revoir l’utilisation inadaptée qu’on en fait ! » : qu’on ne soit pas d’accord avec ma conception d’Internet, c’est une bonne chose. Par contre, commenter sans argumenter, par un jugement péremptoire, définitif, sans réponse constructive possible, ce qui est dû aux spécificités mêmes du média, quel intérêt ? Quel dialogue possible ? Factuellement, je trouve le commentaire injustifié, et je ne sais pas en quoi mon utilisation est inadaptée. Je ne demande qu’à en débattre !
      – « Ou comment dire en 14 000 signes qu’on a rien compris à Twitter » : idem. En quoi n’ai-je rien compris à Twitter ? Au passage, je suis loin, loin des 14 000 signes. 4 000, c’est déjà pas mal.

      Ces commentaires, jusqu’ici, sont une confirmation du bien fondé de mon point de vue. Pour une utilisation personnelle, où je cherche à aller au fond des choses, à produire du contenu élaboré, à avoir un dialogue riche et nourri, Twitter ne m’intéresse pas. Pour suivre le web efficacement, je me contente avec bonheur des moteurs de recherche et des flux rss.

      Zut, j’ai encore explosé les 140 caractères… 🙂

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